Ce que la loi oblige à écrire
Le règlement européen 767/2009 impose sur tout aliment pour animaux : la dénomination (« aliment complet pour chats adultes » ou « aliment complémentaire »), la liste des ingrédients par ordre de poids décroissant, les constituants analytiques (protéines brutes, matières grasses brutes, cendres brutes, cellulose brute, et l’humidité si elle dépasse 14 %), les additifs (vitamines, oligo-éléments, conservateurs, antioxydants), le mode d’emploi avec les quantités, le poids net, la date de durabilité, le numéro de lot et le fabricant ou responsable de la mise sur le marché.
Rien n’oblige à indiquer les glucides, l’énergie métabolisable, le phosphore ou le calcium : ce sont les marques qui choisissent de les publier. Dans notre base, le phosphore manque sur une recette sur trois environ, l’énergie sur une sur deux. Une marque qui publie tout facilite la comparaison ; c’est un signe de transparence, pas une preuve de qualité.
La dénomination : complet, complémentaire, et le profil
« Aliment complet » signifie que l’aliment couvre seul les besoins du chat s’il est donné en quantité adaptée. « Aliment complémentaire » (filets, bouillons, friandises) ne couvre pas les besoins et doit accompagner un aliment complet. C’est la première chose à vérifier, surtout sur les sachets et boîtes où la confusion est fréquente.
Le profil (chaton, adulte, stérilisé, senior, race) est une indication commerciale, sauf la croissance, qui engage des minimums nutritionnels plus élevés. « Stérilisé » ou « intérieur » ne correspondent à aucune norme : deux recettes « stérilisé » peuvent aller de 20 % à 44 % de glucides.
Les constituants analytiques : les quatre chiffres qui comptent
Les constituants sont exprimés sur le produit tel quel, humidité comprise. Pour une croquette (7 à 10 % d’eau), on peut les comparer directement entre marques. Pour une pâtée (75 à 85 % d’eau), il faut raisonner sur matière sèche ou utiliser le rapport protido-calorique.
Protéines brutes : chez un carnivore strict, plus c’est élevé mieux c’est, à condition qu’elles viennent de sources animales. Matières grasses : une plage plutôt qu’un maximum, 9 à 18 % pour une croquette. Cendres brutes : la part minérale, idéalement sous 8 %. Cellulose brute : les fibres, utiles en petite quantité (2 à 5 %), parfois gonflées dans les recettes « light ».
Les glucides se déduisent : 100 − protéines − matières grasses − cendres − fibres − humidité. C’est l’extrait non azoté (ENA). Un chat n’en a aucun besoin ; sous 22 % c’est bien, au-delà de 28 % c’est beaucoup. Ce calcul est le plus révélateur de l’étiquette et aucune marque ne le fait pour vous.
| Constituant | Bon | Moyen | Faible |
|---|---|---|---|
| Protéines brutes | ≥ 42 % | 34 à 42 % | < 34 % |
| Glucides calculés (ENA) | ≤ 22 % | 22 à 28 % | > 28 % |
| Matières grasses brutes | 9 à 18 % | — | < 9 ou > 18 % |
| Cendres brutes | ≤ 8 % | — | > 8 % |
| Rapport protido-calorique | ≥ 110 | — | < 110 |
| Rapport protido-phosphorique | ≥ 35 | — | < 35 |
La liste d’ingrédients : d’où viennent les protéines
Les ingrédients sont classés par poids décroissant avant cuisson. Trois pièges : la viande fraîche (70 % d’eau) qui arrive en tête puis fond à la cuisson, le fractionnement d’un même ingrédient en plusieurs lignes (pois, farine de pois, protéines de pois) pour le faire reculer, et les protéines végétales (gluten de blé, protéines de maïs, de pois, de pommes de terre) qui gonflent le taux de protéines sans apporter la taurine ni les acides aminés d’un tissu animal.
Lisez les trois premiers postes : des sources animales identifiées (« poulet déshydraté 28 % », « saumon frais 20 % ») valent mieux que des termes génériques (« viandes et sous-produits animaux », « protéines de volaille »). Une recette à 44 % de protéines qui commence par du poulet déshydraté n’a rien à voir avec une recette à 37 % qui commence par du maïs et du gluten de blé.
Les additifs et les mentions qui rassurent
Les additifs nutritionnels (vitamines A, D3, E, taurine, oligo-éléments) sont indispensables dans tout aliment complet : leur présence n’est pas un défaut. Les additifs technologiques (antioxydants, conservateurs) sont obligatoirement listés ; « conservé avec des tocophérols » désigne un antioxydant naturel. « Sans colorant ni arôme artificiel » ne dit rien de la composition.
« Sans céréales », « holistique », « naturel », « premium », « vétérinaire » ne sont pas des catégories réglementées. Le sans céréales écarte le blé et le maïs mais pas les pommes de terre ou les pois : dans notre base, des recettes sans céréales dépassent 35 % de glucides.
Le tableau de rationnement et la densité énergétique
Le mode d’emploi donne des grammes par jour selon le poids, souvent larges. Pour comparer deux recettes, il faut leur énergie métabolisable (kcal/kg) : une croquette à 4 100 kcal/kg se donne 10 % moins qu’une à 3 700 kcal/kg. Quand l’énergie n’est pas publiée, elle s’estime par la formule d’Atwater modifiée (3,5 kcal/g de protéines et de glucides, 8,5 kcal/g de lipides).
C’est aussi ce qui permet de calculer le rapport protido-calorique (grammes de protéines par 1 000 kcal), la mesure la plus utile pour un chat stérilisé qu’il faut rationner sans priver de protéines : au-dessus de 110, la recette est dense ; en dessous de 100, le chat reçoit peu de protéines pour ses calories. Notre guide sur la quantité de croquettes par jour détaille le calcul.
Sources
- Règlement (CE) n° 767/2009 — étiquetage des aliments pour animaux
- FEDIAF — Comprendre l’étiquette d’un aliment pour animaux
- FEDIAF — Nutritional Guidelines for Complete and Complementary Pet Food (2021)
- Base de recettes Santé Chat : 61 croquettes et 30 pâtées notées, fiches fabricants et revendeurs datées (comparateur).
Guide documentaire rédigé par Gabriel Montaut. Il ne remplace pas une consultation vétérinaire.
